Vue aérienne d'Afourar au coucher du soleil : les toits ocre de la ville au premier plan, les champs irrigués et les oliveraies de la plaine du Tadla au-delà, traversés par le canal principal

Province d'Azilal · Béni Mellal-Khénifra · Maroc

Afourar, là où le Haut Atlas rencontre la plaine du Tadla

Une ville de treize mille habitants à l'histoire démesurée : une batterie hydraulique de 465 MW enfouie dans la montagne, une mandarine qui porte son nom sur quatre continents, et le dernier replat avant la montée vers Bin El Ouidane.

Région
Béni Mellal-Khénifra
Province
Azilal
Altitude
450–500 m
Population
12 981recensement 2014

Situation

Une ville posée sur une charnière

Les plaines centrales du Maroc s'arrêtent net ici. Au nord, le Tadla est plat, irrigué et arabophone ; au sud, le relief se dresse dans le Haut Atlas central, amazighophone et vertical.

Afourar — que l'on écrit aussi Afourer, et أفورار en arabe — est une commune d'environ 13 000 habitants de la province d'Azilal, à 29 km au sud-ouest de Béni Mellal, à 450–500 mètres d'altitude.

La ville se trouve dans le dir, cette frange de piémont où l'eau de la montagne rejoint la plaine. C'est la raison pour laquelle on y cultive depuis bien plus longtemps qu'il n'y existe une ville.

Précision utile : la montagne qui domine Afourar — le Jbel Tassemit, le bassin de Bin El Ouidane, le massif d'Azilal — appartient au Haut Atlas central, et non au Moyen Atlas, qui commence bien plus au nord-est.

Le climat est semi-aride et nettement continental : environ 383 mm de pluie par an, concentrés d'octobre à avril, des maximales moyennes de près de 40 °C en juillet et août, et des nuits d'hiver proches de zéro.

  • Coordonnées32,209°N · 6,548°O
  • ReliefFront nord du Haut Atlas central
  • EauOued El Abid, barrage de Bin El Ouidane
  • ClimatÉtés > 40 °C, hivers frais
Vue aérienne d'Afourar au coucher du soleil : les toits ocre de la ville au premier plan, les champs irrigués et les oliveraies de la plaine du Tadla au-delà, traversés par le canal principal
Afourar au crépuscule, vers le nord et la plaine du Tadla.

Histoire

Ce sont les travaux hydrauliques qui ont fait la ville

Afourar n'a pas de date de fondation : pendant l'essentiel de son histoire, ce n'était pas une ville, mais un lieu d'échange entre la plaine et la montagne.

Deux mondes se rencontraient ici. Dans la plaine, les Beni Amir et les Beni Moussa, dont les périmètres d'irrigation portent encore les noms. Dans la montagne, des communautés amazighophones, au premier rang desquelles les Aït Attab. Le souk hebdomadaire était le lieu où les deux économies se rejoignaient.

Tout a changé avec une décision : barrer l'oued El Abid à Bin El Ouidane. Le chantier, mené de 1949 à 1953, avait besoin d'une base avancée dans la plaine, au pied de la montée. Ce fut Afourar.

C'est de là que date le quartier que remarquent les visiteurs : villas basses blanches à toitures de tuiles rouges, jardins profonds, tracé régulier — un lotissement conçu pour loger ingénieurs et cadres du chantier.

  1. 1949–1953

    Le barrage de Bin El Ouidane

    Un barrage-voûte de 133 mètres ferme la gorge de l'oued El Abid à 32 km d'Afourar, retenant environ 1,5 milliard de mètres cubes et alimentant une centrale d'environ 135 MW.

  2. Années 1950

    L'irrigation du Tadla

    Les canaux distribuent l'eau sur les périmètres Beni Amir et Beni Moussa, soit quelque 69 500 hectares. Agrumes, betterave sucrière et cultures fourragères remplacent les céréales pluviales.

  3. 1964

    Les mandariniers Murcott de l'INRA

    Le domaine expérimental de l'INRA à Afourer, rattaché au centre régional du Tadla, constitue ses collections d'agrumes ; un bloc de Murcott y est planté.

  4. 1982

    La découverte de la Nadorcott

    Le Dr El-Bachir Nadori repère parmi ces arbres un semis spontané à la peau facile à détacher, mieux coloré et plus savoureux. Enregistré sous le code de parcelle INRA W, il deviendra la Nadorcott, également commercialisée sous le nom d'Afourer.

  5. 2004

    La première STEP du Maroc

    La station de transfert d'énergie par pompage d'Afourer, 465 MW, est mise en service au-dessus de la ville.

  6. 2014

    12 981 habitants

    Le recensement national dénombre 12 981 habitants, un chiffre stable dans une province marquée par l'exode rural.

Énergie

Une batterie d'eau de 465 MW

Quand le réseau marocain produit plus que le pays ne consomme, Afourar remonte de l'eau de 800 mètres. Quand la demande culmine, elle la laisse redescendre.

Une station de transfert d'énergie par pompage (STEP) ne produit pas d'électricité au total : elle en déplace dans le temps. Deux retenues situées à des altitudes différentes sont reliées par des puits ; les mêmes machines fonctionnent en pompes puis en turbines.

Mise en service en 2004 et exploitée par l'ONEE, la STEP d'Afourer a été la première du genre au Maroc. Deux groupes de 172,5 MW et deux groupes de 60 MW, tous réversibles de type Francis, travaillent entre une retenue supérieure vers 1 280 m et une retenue inférieure vers 480 m.

L'eau provient du barrage d'Aït Ouarda, sur l'oued El Abid, en aval de Bin El Ouidane. Les conduites forcées blanches qui dévalent la montagne au-dessus de la ville sont l'ouvrage industriel le plus visible à cent kilomètres à la ronde.

Le site est une installation industrielle en exploitation : ni centre de visite, ni visite guidée. On l'admire depuis la route.

Les conduites forcées de la centrale hydroélectrique d'Afourar descendant le versant vers la salle des machines, au-dessus de la ville
Les conduites forcées, visibles depuis la N25.
Puissance
465 MW2 × 172,5 + 2 × 60 MW
Chute
≈800 m1 280 m → 480 m
Mise en service
2004première STEP du Maroc
Coût
220 M$Fonds arabe pour le développement

Agriculture

La mandarine qui a exporté le nom de la ville

Si vous avez mangé une mandarine facile à peler en février, il y a de bonnes chances qu'elle descende d'un seul arbre repéré dans une parcelle d'essai près d'Afourar.

Lorsque l'eau de Bin El Ouidane atteint le Tadla dans les années 1950, le Maroc dispose soudain de dizaines de milliers d'hectares irrigables. L'INRA installe à Afourer un domaine expérimental et y constitue, dès les années 1960, des collections d'agrumes qui comptent aujourd'hui plus de 500 accessions.

En 1982, le Dr El-Bachir Nadori remarque, parmi des Murcott plantés en 1964, un semis dont la peau se détache facilement et dont le goût est supérieur. Enregistré sous le code INRA W — d'où le nom W. Murcott Afourer —, il sera baptisé Nadorcott, contraction de Nadori et de Murcott.

En 1988, Nadori établit que le fruit ne forme pratiquement pas de pépins si les arbres sont isolés du pollen d'autres agrumes. Les premières plantations commerciales datent de 1990. La récolte marocaine s'étale de janvier à avril, exactement dans le creux laissé par les clémentines.

Une précision honnête : Afourar est l'origine de la Nadorcott, non son bassin de production. Les vergers se concentrent dans le Souss-Massa, la région de Marrakech, Berkane et le Gharb — environ 325 000 tonnes exportées en 2024/25, par plus de 3 000 producteurs.

Mandarines Nadorcott mûres avec leurs feuilles, la variété sans pépins sélectionnée à la station INRA d'Afourar
La Nadorcott : tardive, facile à peler, pratiquement sans pépins.

Culture

Deux langues, deux économies, un jour de marché

Afourar est exactement l'endroit où la darija rencontre le tamazight.

La plaine au nord est historiquement arabophone, la montagne au sud amazighophone, et la ville se tient sur cette couture. Les deux langues y sont ordinaires, souvent dans la même conversation. Le français est compris dans les commerces et l'administration ; l'anglais beaucoup moins, hors des hôtels du lac.

La province d'Azilal est par ailleurs connue bien au-delà du Maroc pour ses tapis d'Azilal : laine à nœud simple sur fond écru, dessin libre et couleurs vives. Ils sont tissés dans les villages de la province — c'est par cette route qu'ils descendent.

La tbourida, ou fantasia, se pratique sérieusement dans la région : une sorba d'une quinzaine de cavaliers charge au galop et fait feu d'une seule salve. Le jugement ne porte pas sur la vitesse mais sur l'alignement et sur l'unisson du coup de feu. La tbourida est inscrite depuis 2021 au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.

Cavaliers de tbourida en tenue blanche, fusils levés, alignés devant Afourar et les contreforts de l'Atlas
Tbourida : tout se joue sur l'alignement de la ligne.

Le souk hebdomadaire

Un matin par semaine, la population de la ville double à peu près. Les paysans descendent des collines des Aït Attab, les marchands montent de la plaine. Tout arrive avant l'aube et tout est remballé en début d'après-midi. Le souk se tient tous les dimanches : c'est le seul matin de la semaine où tout le district converge vers Afourar.

  • Bétail — moutons et chèvres surtout, dans un enclos à part.
  • Fruits et légumes de la plaine irriguée : oignons, tomates, pommes de terre, melons en été, agrumes en hiver.
  • Produits de montagne : noix, amandes, miel, figues sèches, plantes aromatiques, laine.
  • Olives et huile d'olive, à leur meilleur de la fin de l'automne à l'hiver.
  • Tout le reste : menthe et coriandre par brassées, épices, outils, vêtements d'occasion, cordonniers et rémouleurs.
  • À manger sur place — grillades, harira, pain et thé à la menthe : le meilleur repas de la journée, et le moins cher.

Tourisme

Une porte d'entrée plutôt qu'une destination

Disons-le franchement : presque personne ne vient à Afourar pour Afourar. On y vient pour ce qui se trouve à moins d'une heure.

Ce que la ville offre, c'est une position. Le lac de Bin El Ouidane est à 45 minutes au-dessus, les cascades d'Ouzoud à une heure quarante, Béni Mellal et les jardins d'Aïn Asserdoun à 35 minutes en contrebas, et la route d'Azilal et de la vallée des Aït Bougmez part du rond-point.

Elle offre aussi le meilleur point de vue gratuit de l'itinéraire : les premiers lacets au-dessus de la ville, d'où l'on voit les conduites forcées, les toits et toute la plaine du Tadla.

Quand venir ? De mars à mai et de fin septembre à novembre. Le printemps est vert et les cascades sont pleines ; l'automne est chaud, sec et calme. L'hiver est frais, lumineux, et c'est la saison des mandarines. Juillet et août frôlent les 40 °C : le lac devient alors le seul endroit supportable.

Béni Mellal29 km · 35 minN8 puis bretelle N25. Bus et grands taxis toute la journée.
Bin El Ouidane32 km · 45 minN25/R304 en lacets, au-dessus du barrage d'Aït Ouarda.
Azilal56 km · 1 h 15Après le lac ; chef-lieu de province.
Cascades d'Ouzoud77 km · 1 h 40Environ 110 mètres de chute, en gradins.
Marrakech178 km · 2 h 45 – 3 hN8 sur tout le trajet, sans autoroute.
Casablanca246 km · 3 hA7 puis autoroute Berrechid–Béni Mellal.

Pratique

Ce qu'il faut savoir avant de venir

Afourar compte un véritable hôtel ; au-delà, l'hébergement se trouve au lac ou à Béni Mellal.

En ville même, une seule adresse de standing : l'hôtel Chems Le Tazarkount, quatre étoiles et 135 chambres, dans le quartier calme et verdoyant d'Afourar — piscine extérieure, spa et hammam, salle de sport, tennis, jardins et terrasse, restaurant, bar et café, petit-déjeuner compris et réception ouverte 24 h/24. Le personnel travaille en arabe, en français et en anglais, et un transfert aéroport peut être organisé moyennant supplément. Adresse : BP 54, Afourer, 22050, province d'Azilal.

Pour le reste, les hôtels de la région sont au bord du lac de Bin El Ouidane — du Widiane Resort & Spa aux maisons d'hôtes familiales — ou à Béni Mellal, à 35 minutes, qui offre le plus grand choix ordinaire. Réservez pour les week-ends de printemps et pour tout l'été.

Côté table, on mange ici du Maroc de bord de route, et bien : grillades au charbon, tajine préparé le matin, harira, pain et miel de montagne, huile d'olive achetée au moulin entre novembre et janvier.

  • Espèces. Banques et distributeurs à Afourar, davantage à Béni Mellal, mais les cafés, le souk et les grands taxis ne prennent que du liquide.
  • Carburant. Faites le plein à Afourar ou à Béni Mellal avant de monter.
  • Conduite. Route goudronnée mais étroite, virages sans visibilité, camions lents, bétail. À éviter de nuit.
  • Tenue. Vêtements couvrants en ville et au souk ; maillot de bain aux hôtels du lac.
  • Ramadan. Beaucoup de cafés ferment en journée et tout se décale le soir.
  • Réseau. Bonne couverture mobile en ville et sur l'axe principal, irrégulière dans les vallées.

Questions fréquentes

Vos questions sur Afourar

Les réponses les plus demandées, sans détour.

Où se trouve Afourar au Maroc ?

Afourar est une commune de la province d'Azilal, région de Béni Mellal-Khénifra, à 32,21°N et 6,55°O, entre 450 et 500 mètres d'altitude. Elle se situe à 29 km au sud-ouest de Béni Mellal, sur la N25 (signalée R304), la route qui monte vers le barrage de Bin El Ouidane puis Azilal. On écrit aussi Afourer.

Pourquoi Afourar est-elle connue ?

Pour trois raisons : la mandarine Nadorcott, sélectionnée en 1982 à la station INRA de la ville ; la STEP d'Afourer, station de pompage-turbinage de 465 MW ; et sa position de dernière ville de la plaine avant la montée vers Bin El Ouidane.

Qu'est-ce que la mandarine Nadorcott ?

Une mandarine tardive, facile à peler et sans pépins lorsqu'elle est cultivée à l'écart d'autres agrumes. Elle a été découverte en 1982 par le Dr El-Bachir Nadori au domaine expérimental de l'INRA à Afourer, parmi des Murcott plantés en 1964. Elle est commercialisée sous les noms de Nadorcott et d'Afourer.

Quelle est la saison de la Nadorcott ?

De janvier à avril au Maroc, l'essentiel de la récolte se faisant en février et mars — juste après la fin des clémentines.

Comment venir depuis Casablanca ou Marrakech ?

En voiture, comptez environ 3 heures depuis Casablanca (246 km) et 2 h 45 à 3 heures depuis Marrakech (178 km). Depuis Casablanca : A7 jusqu'à Berrechid, autoroute jusqu'à Béni Mellal, puis N8 et N25. Depuis Marrakech : N8 sur tout le trajet. Il n'y a pas de gare : les cars CTM et Supratours desservent Béni Mellal, d'où bus et grands taxis rejoignent Afourar.

À quelle distance se trouve Bin El Ouidane ?

32 km, soit environ 45 minutes. La N25/R304 monte en lacets depuis la ville en passant au-dessus du barrage d'Aït Ouarda. Route goudronnée mais étroite : prévoyez plutôt une heure, et évitez-la de nuit.

Afourar est-elle sûre pour les voyageurs ?

Oui. C'est une petite ville de province où les visiteurs passent inaperçus. Les précautions habituelles suffisent. Le vrai risque ici est routier — virages sans visibilité, bétail, éclairage quasi inexistant sur la section de montagne — et la chaleur estivale, qui dépasse régulièrement 40 °C.

Quelle est la meilleure période pour visiter ?

De mars à mai, et de fin septembre à novembre. Le printemps offre des versants verts, des cascades pleines et 25 °C environ ; l'automne est chaud, sec et calme. L'hiver est frais et lumineux, et c'est la saison des mandarines. En juillet et août, les maximales avoisinent 40 °C.

Quelles langues parle-t-on à Afourar ?

La darija (arabe marocain) et le tamazight, souvent dans la même conversation. Le français est largement compris ; l'anglais reste rare hors des hôtels du lac.

Quand se tient le souk hebdomadaire ?

Le souk d'Afourar se tient le dimanche, du lever du jour au début de l'après-midi : bétail, légumes de la plaine, produits de montagne, olives, outils et friperie. Venez tôt : dès huit heures le souk bat son plein, et tout est remballé vers quatorze heures.

Repères

Afourar sur la carte

Afourar se trouve sur la N25/R304, entre la plaine du Tadla et le barrage de Bin El Ouidane.

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